Alcool au volant au Québec en 2026 : sanctions, amendes, permis et défenses possibles

Mis à jour le 7 novembre 2026 · Rédigé par l’équipe éditoriale d’Avocat Montréal, à partir des textes de loi et des sources officielles citées en fin d’article.

En bref

  • Au Canada, conduire avec 80 mg d’alcool ou plus par 100 ml de sang dans les 2 heures suivant la conduite est un crime (art. 320.14 du Code criminel), même sans accident ni comportement dangereux.
  • Dès l’interception au Québec : suspension immédiate du permis de 90 jours par la SAAQ, et saisie du véhicule 30 jours si l’alcoolémie atteint 160 mg ou en cas de refus.
  • Première condamnation : amende minimale de 1 000 $ (2 000 $ à partir de 120 mg, 2 500 $ à 160 mg ou pour un refus), casier judiciaire et interdiction de conduire de 1 à 3 ans.
  • Récidive : 30 jours de prison minimum à la 2e condamnation, 120 jours à la 3e, et antidémarreur éthylométrique imposé à vie par la SAAQ.
  • Coût réel d’une première arrestation (amende, frais SAAQ, évaluation, antidémarreur, assurances) : plus de 10 000 $ selon CAA-Québec.

Ce que dit le Code criminel en 2026

Depuis la réforme de décembre 2018 (projet de loi C-46), les infractions de conduite sont regroupées aux articles 320.11 à 320.4 du Code criminel. Trois infractions reviennent dans la quasi-totalité des dossiers montréalais :

Infraction Article Ce qu’il faut prouver
Conduite avec capacité affaiblie par l’alcool ou la drogue 320.14(1)a) Toute altération de la capacité de conduire, même légère ; aucun taux précis requis.
Alcoolémie égale ou supérieure à 80 mg/100 ml 320.14(1)b) Résultat de l’éthylomètre dans les 2 heures suivant la conduite (fin du « dernier verre » comme défense).
Refus ou omission de fournir un échantillon 320.15 Refus sans excuse raisonnable d’obtempérer à l’ordre d’un policier ; sanction identique à 160 mg.
Drogue au volant (THC) 320.14(1)c) et d) 2 à 5 ng de THC par ml de sang : infraction sommaire (amende max. 1 000 $) ; 5 ng et plus, ou alcool + THC : mêmes peines que l’alcool.

Depuis 2018, le policier peut exiger un échantillon d’haleine avec un appareil de détection approuvé sans soupçon lors d’une interception légale (dépistage obligatoire, art. 320.27(2)). Les conducteurs de moins de 22 ans, les titulaires d’un permis d’apprenti ou probatoire et les conducteurs de véhicules lourds sont soumis à la tolérance zéro du Code de la sécurité routière du Québec.

Les sanctions administratives de la SAAQ, avant tout procès

Les sanctions du Québec s’appliquent sur-le-champ, que vous soyez ensuite déclaré coupable ou non :

Situation Suspension immédiate du permis Saisie du véhicule Autres frais
Échec à l’éthylomètre (80 mg et plus) ou refus – 1re fois 90 jours fermes (pas de permis restreint possible) 30 jours si 160 mg et plus, ou refus Remorquage et remisage (environ 200 $ + 17 $/jour)
Conducteur « zéro alcool » avec alcool détecté 90 jours Selon le cas 4 points d’inaptitude
Récidive dans les 10 ans 90 jours 90 jours Évaluation complète obligatoire

Une demande de révision de la suspension de 90 jours peut être adressée à la SAAQ dans les 60 jours (art. 202.6.2 CSR), mais elle n’est accueillie que dans des cas précis (erreur sur la personne, appareil non approuvé). Pour la plupart des conducteurs, ces 90 jours sont incompressibles.

Les peines criminelles : minimums, maximums et casier

Condamnation Peine minimale (art. 320.19) Interdiction de conduire (art. 320.24) Peine maximale
1re infraction, 80 à 119 mg Amende de 1 000 $ 1 à 3 ans 2 ans moins un jour (procédure sommaire) ; 10 ans (mise en accusation)
1re infraction, 120 à 159 mg Amende de 2 000 $ 1 à 3 ans
1re infraction, 160 mg et plus, ou refus Amende de 2 500 $ 1 à 3 ans
2e infraction 30 jours d’emprisonnement 2 à 10 ans
3e infraction et plus 120 jours d’emprisonnement 3 ans minimum, jusqu’à vie Idem
Lésions corporelles causées Selon le cas Selon le cas 14 ans
Mort causée Selon le cas Selon le cas Emprisonnement à perpétuité

À ces montants s’ajoutent la suramende compensatoire (30 %) et les frais. Comme l’infraction comporte une peine minimale, l’absolution est impossible : toute déclaration de culpabilité entraîne un casier judiciaire, qui ne pourra être suspendu qu’après 5 ans (voir notre guide sur le casier judiciaire et la suspension du casier).

Ce que la SAAQ ajoute après la condamnation

  • Révocation du permis : 1 an à la 1re condamnation, 3 ans à la 2e, 5 ans à la 3e (en plus de l’interdiction prononcée par le juge).
  • Évaluation du risque : évaluation sommaire (1re infraction) ou complète (récidive ou 160 mg et plus) auprès d’un centre reconnu, à vos frais (de quelques centaines à plus de 800 $), avant tout nouveau permis.
  • Programme Alcofrein obligatoire (environ 150 $).
  • Antidémarreur éthylométrique : facultatif après 3 mois d’interdiction absolue à la 1re infraction pour reprendre le volant plus tôt ; obligatoire à vie dès la 2e infraction. Installation et location : environ 60 à 80 $ par mois.
  • Nouveau permis : frais de réévaluation et contribution d’assurance majorée pendant plusieurs années ; prime d’assurance privée souvent doublée.

Les défenses qui fonctionnent (et celles qui ne fonctionnent plus)

Depuis 2018, la défense du « dernier verre » (boire juste avant de conduire pour que l’alcool ne soit pas encore absorbé) et celle des « deux bières » (contester le résultat par un témoignage sur sa consommation) ont été pratiquement éliminées. Les moyens qui restent exigent une analyse technique du dossier par un criminaliste :

  1. Violation de la Charte : interception sans motif légal, délai déraisonnable avant l’ordre de fournir un échantillon, droit à l’avocat (art. 10b) non respecté, fouille abusive. L’exclusion de la preuve (art. 24(2)) entraîne souvent l’acquittement.
  2. Non-respect des conditions de l’éthylomètre : appareil non approuvé, technicien non qualifié, intervalle insuffisant entre les deux échantillons, défaut de divulgation des registres d’entretien.
  3. Absence de « garde ou contrôle » : dormir dans une voiture stationnée n’est pas automatiquement une infraction ; il faut un risque réaliste de mise en mouvement.
  4. Consommation après la conduite : admissible seulement si elle est postérieure à la fin de la conduite et sans attente raisonnable d’avoir à fournir un échantillon.
  5. Négociation avec le procureur du DPCP : retrait d’un chef, réduction du taux retenu (de 160 à moins de 120 mg, ce qui change l’amende minimale), ou plaidoyer sur une infraction du Code de la sécurité routière dans de rares cas.

Déroulement d’un dossier à Montréal

  1. Arrestation : droit au silence, droit de consulter un avocat sans délai (ligne d’aide juridique disponible 24 h). Ne discutez pas de votre consommation.
  2. Remise en liberté sur promesse de comparaître, avec conditions (ne pas conduire, parfois ne pas consommer).
  3. Comparution à la Cour du Québec, chambre criminelle et pénale (palais de justice de Montréal ou chambre de la Cour municipale), généralement 4 à 8 semaines plus tard. L’avocat obtient la divulgation de la preuve (rapport, vidéo, certificats de l’éthylomètre).
  4. Pro forma et négociations : plusieurs mois ; c’est là que se jouent les requêtes en vertu de la Charte.
  5. Procès ou plaidoyer : un procès dure typiquement une journée ; le délai total avant jugement est de 8 à 18 mois à Montréal (plafond Jordan : 18 mois).

Combien coûte un avocat pour l’alcool au volant ?

À Montréal, un criminaliste facture le plus souvent un forfait : de 2 500 à 5 000 $ pour un plaidoyer négocié, et de 6 000 à 15 000 $ pour un procès avec requêtes constitutionnelles. L’aide juridique couvre la défense si vos revenus sont sous les seuils d’admissibilité et que l’infraction expose à l’emprisonnement (ce qui est le cas dès la 2e infraction). Demandez une convention d’honoraires écrite et un plan de défense après lecture de la divulgation, pas avant.

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Questions fréquentes

Dois-je souffler dans l’appareil de détection au bord de la route ?

Oui. Depuis 2018, le refus de fournir un échantillon à un appareil de détection approuvé, sans excuse raisonnable, est une infraction criminelle distincte punie comme une alcoolémie de 160 mg et plus (amende minimale de 2 500 $), avec les mêmes sanctions administratives de la SAAQ.

Puis-je obtenir un permis restreint pendant la suspension de 90 jours ?

Non. La suspension administrative de 90 jours est ferme. Le permis restreint avec antidémarreur n’est possible qu’après la condamnation, une fois la période d’interdiction absolue écoulée (3 mois à la 1re infraction).

L’alcool au volant est-il un crime qui empêche d’entrer aux États-Unis ?

Une seule condamnation pour conduite avec capacité affaiblie n’entraîne pas automatiquement l’inadmissibilité aux États-Unis, mais les agents frontaliers ont accès au casier canadien et peuvent refuser l’entrée. Plusieurs condamnations ou une infraction avec blessés compliquent nettement les voyages.

Puis-je faire effacer une condamnation pour alcool au volant ?

Oui, par une suspension du casier auprès de la Commission des libérations conditionnelles du Canada, 5 ans après avoir purgé la peine (amende payée, interdiction terminée) pour une poursuite sommaire, 10 ans pour une mise en accusation. Les frais sont de 50 $. La SAAQ conserve toutefois son propre dossier de conducteur.

Que risque un conducteur de 20 ans avec 30 mg d’alcool ?

Aucune infraction criminelle (sous 80 mg et sans capacité affaiblie), mais la règle « zéro alcool » du Québec s’applique aux moins de 22 ans : suspension immédiate de 90 jours, 4 points d’inaptitude et amende de 300 à 600 $ en vertu du Code de la sécurité routière.

Cet article est une information juridique générale fondée sur le droit québécois en vigueur à la date de mise à jour. Il ne remplace pas une consultation : chaque situation a ses faits, ses délais et ses exceptions. Pour un avis adapté à votre dossier, consultez un avocat membre du Barreau du Québec.

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