Voies de fait au Québec en 2026 : définition, peines, violence conjugale et défenses

Mis Ă  jour le 7 novembre 2026 · RĂ©digĂ© par l’Ă©quipe Ă©ditoriale d’Avocat MontrĂ©al, Ă  partir des textes de loi et des sources officielles citĂ©es en fin d’article.

En bref

  • Au Canada, les voies de fait (art. 265 du Code criminel) couvrent tout emploi intentionnel de la force sans consentement : une bousculade, une gifle ou une menace avec geste suffisent, sans blessure.
  • Trois niveaux : voies de fait simples (max. 5 ans), armĂ©es ou causant des lĂ©sions corporelles (max. 10 ans), graves (max. 14 ans).
  • Dans un contexte conjugal ou familial, le DPCP applique une politique de poursuite systĂ©matique : le retrait de la plainte par la victime n’arrĂŞte pas le dossier.
  • Une première infraction simple sans antĂ©cĂ©dent se règle souvent par une absolution, un engagement de garder la paix (art. 810) ou le programme de mesures de rechange, sans casier permanent.
  • Un accusĂ© doit respecter Ă  la lettre ses conditions de remise en libertĂ© (interdiction de contact, de se prĂ©senter Ă  une adresse) : leur violation est une nouvelle infraction.

DĂ©finition : ce qui est une voie de fait, et ce qui ne l’est pas

L’article 265 du Code criminel vise trois comportements : employer la force contre une personne sans son consentement, directement ou indirectement ; tenter ou menacer, par un acte ou un geste, d’employer la force alors qu’on a (ou semble avoir) la capacitĂ© de le faire ; ou aborder ou importuner une personne en portant une arme, ostensiblement ou non. Il n’est pas nĂ©cessaire que la victime soit blessĂ©e, ni mĂŞme touchĂ©e : lever le poing en avançant vers quelqu’un peut suffire.

Ne constituent pas des voies de fait : le contact accidentel, le contact consenti dans un sport pratiquĂ© selon ses règles, la force raisonnable employĂ©e en lĂ©gitime dĂ©fense ou pour dĂ©fendre un bien (art. 34 et 35), et le contact socialement acceptĂ© (tapoter l’Ă©paule). Les menaces verbales seules relèvent plutĂ´t de l’article 264.1 (menaces).

Les trois niveaux et leurs peines en 2026

Infraction Article Mode de poursuite Peine maximale Issue fréquente (1re infraction, sans arme)
Voies de fait simples 266 Sommaire ou mise en accusation (au choix du procureur) 2 ans moins un jour (sommaire) / 5 ans Absolution conditionnelle, probation, amende, mesures de rechange
Voies de fait armées, ou causant des lésions corporelles, ou par étouffement/étranglement 267 Sommaire ou mise en accusation 2 ans moins un jour / 10 ans Probation avec suivi, parfois emprisonnement discontinu
Voies de fait graves (blesse, mutile, défigure, met la vie en danger) 268 Mise en accusation seulement 14 ans Emprisonnement
Voies de fait contre un policier ou agent de la paix 270 Sommaire ou mise en accusation 2 ans moins un jour / 5 ans Probation ; absolution plus difficile
Agression sexuelle 271 Sommaire ou mise en accusation 10 ans (14 ans si victime de moins de 16 ans) Dossier distinct, voir un avocat spécialisé

Depuis 2019, l’Ă©tranglement ou l’Ă©touffement est expressĂ©ment inclus dans les voies de fait de l’article 267, ce qui alourdit la peine dans de nombreux dossiers de violence conjugale. Le juge doit aussi considĂ©rer comme circonstances aggravantes (art. 718.2) le fait que la victime soit le conjoint, un membre de la famille, un enfant, ou que l’acte soit motivĂ© par la haine.

Violence conjugale : une politique de poursuite particulière au Québec

Lorsque les voies de fait surviennent dans un contexte conjugal ou intrafamilial, le Directeur des poursuites criminelles et pĂ©nales (DPCP) applique une politique de judiciarisation systĂ©matique : la police porte des accusations dès qu’il y a des motifs raisonnables, et la victime ne peut pas « retirer sa plainte ». Elle peut, tout au plus, informer le procureur qu’elle ne souhaite pas tĂ©moigner ; le procureur dĂ©cide seul. Depuis 2024, le QuĂ©bec dĂ©ploie un tribunal spĂ©cialisĂ© en matière de violence sexuelle et conjugale dans tous les districts, avec des procureurs et des intervenants dĂ©diĂ©s.

ConsĂ©quence pratique : l’accusĂ© est presque toujours remis en libertĂ© avec une interdiction de communiquer avec la victime et de se prĂ©senter au domicile commun, mĂŞme s’il en est propriĂ©taire. Une rencontre « pour s’expliquer » ou un texto de rĂ©conciliation constitue un bris de condition (art. 145), poursuivi sĂ©parĂ©ment.

Que faire dans les 48 heures suivant une accusation

  1. Taisez-vous. Vous avez le droit de garder le silence et de consulter un avocat ; une « version des faits » donnée aux policiers sans avocat est presque toujours utilisée contre vous.
  2. Respectez chaque condition de la promesse ou de l’engagement, y compris sur les rĂ©seaux sociaux et par personne interposĂ©e.
  3. Conservez les preuves : messages reçus avant et après l’incident, photos de vos propres blessures, noms des tĂ©moins, enregistrements de camĂ©ras Ă  proximitĂ© (ils sont effacĂ©s en quelques jours ; l’avocat enverra une lettre de conservation).
  4. Consultez un criminaliste avant la comparution : c’est Ă  ce moment que se dĂ©cident le mode de poursuite, les conditions et l’orientation vers un programme de dĂ©judiciarisation.

Les issues possibles sans casier judiciaire permanent

  • Programme de mesures de rechange gĂ©nĂ©ral pour adultes (PMRG) : offert par le DPCP dans certains dossiers sans violence grave ; l’accusĂ© reconnaĂ®t sa responsabilitĂ© et exĂ©cute des mesures (travaux communautaires, thĂ©rapie, lettre d’excuses) ; les accusations sont ensuite retirĂ©es.
  • Engagement de garder la paix (art. 810) : l’accusĂ© s’engage pour 12 mois Ă  respecter des conditions ; les accusations sont retirĂ©es, aucune dĂ©claration de culpabilitĂ© n’est inscrite.
  • Absolution inconditionnelle ou conditionnelle (art. 730) : le tribunal dĂ©clare la culpabilitĂ© mais n’inscrit pas de condamnation. Le dossier est retirĂ© du système de la GRC après 1 an (inconditionnelle) ou 3 ans (conditionnelle) sans dĂ©marche Ă  faire. L’absolution est possible pour les voies de fait simples et armĂ©es, pas pour les voies de fait graves.
  • Suspension du casier après condamnation : 5 ans (sommaire) ou 10 ans (mise en accusation) après la fin de la peine, frais de 50 $.

Les moyens de défense

Le fardeau de preuve repose sur la poursuite, hors de tout doute raisonnable. Les dĂ©fenses les plus frĂ©quentes sont la lĂ©gitime dĂ©fense (force raisonnable face Ă  une menace rĂ©elle ou perçue, art. 34), le consentement (bagarre consensuelle, dans les limites fixĂ©es par la Cour suprĂŞme dans R. c. Jobidon : pas de lĂ©sions corporelles intentionnelles), l’accident (absence d’intention), l’identification erronĂ©e et la crĂ©dibilitĂ© des tĂ©moins lorsque les versions s’opposent sans preuve matĂ©rielle. Un avocat examine aussi la rĂ©gularitĂ© de l’arrestation et de la dĂ©tention, qui peuvent conduire Ă  l’exclusion de dĂ©clarations.

Côté victime : vos droits

La victime de voies de fait peut dĂ©poser une plainte au poste de police de quartier (SPVM) ou par le 911 en cas d’urgence ; au QuĂ©bec, elle a aussi accès gratuitement au CAVAC (Centre d’aide aux victimes d’actes criminels), Ă  l’indemnisation par l’IVAC (Loi visant Ă  aider les personnes victimes d’infractions criminelles, en vigueur depuis octobre 2021), et Ă  4 heures de consultation juridique gratuite en matière de violence conjugale ou sexuelle (programme Rebâtir). Un recours civil en dommages-intĂ©rĂŞts contre l’agresseur reste possible devant la Cour du QuĂ©bec, avec une prescription de 3 ans (sans limite pour les agressions sexuelles et la violence conjugale subie durant l’enfance ou par un conjoint).

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Questions fréquentes

Une gifle sans blessure est-elle vraiment un crime ?

Oui. L’article 265 vise tout emploi intentionnel de la force sans consentement ; la gravitĂ© des blessures influence le niveau d’accusation (266, 267 ou 268) et la peine, mais pas l’existence de l’infraction. Sans antĂ©cĂ©dent, une gifle isolĂ©e se règle frĂ©quemment par une absolution ou un engagement de garder la paix.

La victime peut-elle retirer sa plainte pour voies de fait ?

Non. Une fois les accusations portĂ©es, seul le procureur du DPCP peut les retirer. La victime peut faire connaĂ®tre sa position, mais en violence conjugale la politique est de poursuivre mĂŞme sans sa collaboration, notamment Ă  partir de l’enregistrement 911, des photos et des dĂ©clarations initiales.

Vais-je aller en prison pour des voies de fait simples ?

Rarement pour une première infraction sans arme ni blessure. Les peines usuelles sont l’absolution, la probation (souvent avec thĂ©rapie) ou une amende. L’emprisonnement devient probable en cas de rĂ©cidive, de blessures importantes, d’arme ou de victime vulnĂ©rable.

Combien coûte un avocat criminaliste pour des voies de fait à Montréal ?

Comptez en gĂ©nĂ©ral 2 000 Ă  4 000 $ pour un dossier rĂ©glĂ© par plaidoyer ou programme de rechange, et 5 000 Ă  12 000 $ pour un procès d’une journĂ©e. L’aide juridique est accessible selon vos revenus lorsqu’il y a risque d’emprisonnement ou de perte d’emploi.

Les voies de fait apparaissent-elles dans une vĂ©rification d’antĂ©cĂ©dents pour un emploi ?

Une condamnation, oui, jusqu’Ă  la suspension du casier. Une absolution est retirĂ©e du système après 1 ou 3 ans. Au QuĂ©bec, l’article 18.2 de la Charte des droits et libertĂ©s de la personne interdit Ă  un employeur de vous refuser un emploi pour une infraction sans lien avec le poste, ou pour laquelle vous avez obtenu un pardon.

Cet article est une information juridique générale fondée sur le droit québécois en vigueur à la date de mise à jour. Il ne remplace pas une consultation : chaque situation a ses faits, ses délais et ses exceptions. Pour un avis adapté à votre dossier, consultez un avocat membre du Barreau du Québec.

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